« Vos ovaires sont foutus, mademoiselle » ou le SOPK.

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« Vos ovaires sont foutus, mademoiselle »

« Vos ovaires sont foutus »

« Vos ovaires… »

Pause. Respiration. Réflexion. Assimilation.
Mes ovaires sont quoi ?
Mes quoi sont foutus ?

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Cette femme là, celle qui avait osé prononcé ces mots était une vieille bique aux mains trop froides, aux traits si peu généreux et était sans aucun doute, une femme bien mal baisée.
Et heureusement pour moi, elle avait tort.

Elle n’a pas dû se douter des dégâts psychologiques qu’elle infligeait au moment même où elle prononçait ces abjectes paroles. Aux maux eux-même, qu’elle insinuait dans une extrême violence.
Elle avait tort, à moitié. Elle annonçait un long combat qui s’offrait à moi, commun à 20% des femmes Françaises. La première étape serait l’acceptation.

J’avais 23 ans, environ. J’étais fraîche, épanouie, bien dans mes baskets, j’avais tout pour moi. C’est ce que j’aurai voulu. Je n’avais vraisemblablement rien de tout ça, sauf le « tout pour moi ».
A 23 ans, j’étais toujours aussi mal dans ma peau, complexée, désemparée, enfin ça c’était sans compter ce qui s’annonçait réellement.

Après une rupture amoureuse bien chaotique, un sauveur arriva.

Il ne chevauchait pas son cheval blanc, mais faisait rage dans tous les rayons de librairie de France : il s’appelait Pierre Dukan, et il est devenu en peu de temps la pire chose qui me soit arrivée. Il m’a vendu du rêve, ce cher Pierre. Toutes les lèvres n’avaient que lui à la bouche à l’époque. Ca faisait si longtemps que je l’avais attendu, cet homme-miracle. J’ai bu ses paroles comme on boit et se délecte d’un bon vin vieilli de la cave de mon grand père. J’ai perdu 10 kilos. En 3 mois. Je revivais. J’avais réussi, j’étais sauvée. Ma nouvelle vie pouvait commencer.
Elle a duré 3 mois. Jours pour jours.

Tout est revenu, comme un boomerang en plein visage, celui-ci était juste revenu trop vite, et trop fort. Je leur manquais beaucoup trop : les 10 kilos sont revenus. Et comme « plus on est de fous, plus on rit », ils ont invité leurs 5 autres potes kilos, sans demander la permission.
Les semaines passent, les mois passent, je me dis « tant pis ». Je baisse les bras. J’abandonné. Je déclare forfait.

Un beau matin, je découvre mon visage. On a l’impression que c’est arrivé d’un coup, en une nuit. Sans doute pas.
Acné extrême alors qu’en 23 ans d’existence j’avais eu la chance d’y échapper. Quel produit ai-je pu utiliser ? J’essaie de me soigner.

Et puis.

Hyper pilosité. « Ils étaient là, ces poils, hier ? Ok, je suis poilue comme un singe (merci papounet), mais là, ceux là, je les avais franchement jamais remarqué »
Le cou. Le visage. L’arrière des cuisses.
A 23 ans, on a envie de plaire, on a envie d’être libre, on a envie de s’affranchir.
Moi, à 23 ans, j’ai appris à me cacher, à m’excuser et à contenir mes larmes.

« Vos ovaires sont foutus, mademoiselle ».

Quelques mois plus tard, par le plus grand des hasards, au cours d’une visite banale chez la gynéco parce que « je veux prendre la pilule », j’apprends que je suis atteinte du syndrome des ovaires polykistiques. SOPK. SOPK. 4 lettres, et tout part en vrille.
Elle m’explique, avec autant de froideur dans sa voix que dans ses mains, et je ne comprends pas.
Elle se rétracte, elle nuance (amen).
Comment ça, « ça va être compliqué pour avoir des enfants ? » Là, maintenant, c’est pas la question, je sais. Mais je ne comprends pas.
Et mon acné ? Quoi, mes hormones ? Et ma pilosité ? Je suis censée être une femme, moi madame.

J’ai traîné les pieds jusqu’à chez moi. J’étais terrorisée, j’étais laide et en colère. Les yeux remplis de bombes lacrymales, j’essayais, avec peine, de déchiffrer les résultats Google.
SOPK.
Et ce qui m’a frappé, ce sont les photos. Des « exemples ».
C’était ce que j’allais devenir ? J’ai pensé à mourir. J’ai pensé qu’il fallait que ça s’arrête, et que je ne pourrais plus assumer qui j’étais. Qui j’allais devenir.

Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK, également appelé dystrophie ovarienne ou syndrome des ovaires micropolykystiques) est considéré comme la pathologie endocrinienne la plus fréquente de la femme et constitue la première cause d’infertilité par anovulation, de troubles du cycle et d’hirsutisme.

Déréglements hormonaux.
Absence de règles.
Acné.
Pilosité.

« Non, ça ne se soigne pas. Mais on peut canaliser les symptomes ». Hormones, pilules, traitements hormonaux.
Pourquoi ? A cause de mon poids, à cause de mes yoyo. Dukan avait eu raison de moi, et de mon corps. Ce dernier m’en voulait à mort. Et il m’en fait payé le prix au quotidien. C’était le régime de trop. Et puis, j’ai dit « plus jamais ». Et lorsque quelqu’un me parle de « régime », je hurle. Je mets en garde. Mais forcément, « ça arrive qu’aux autres ».

Depuis ce jour là, j’ai comme perdu ma féminité. J’ai voulu me cacher. Et je me suis excusée. Encore aujourd’hui, j’en parle très librement et instinctivement, comme pour m’excuser. Pour justifier. Pour justifier les imperfections, le mal être, la laideur. J’en rigole, parce que ça dédramatise, ça rassure, ça explique.

Je crois que c’est un mal que l’on tait beaucoup trop. C’est en en parlant que j’ai appris que des personnes de mon entourage étaient touchées, c’est en en parlant que j’ai compris à quel point la honte pouvait nous enchaîner. Nous brimer. Nous briser.

J’ai pleuré, souvent. Je pleure encore. Parce que ce reflet dans le miroir me rappelle le mal qui s’insinue à l’intérieur de moi, au coeur de ma féminité, de ma (future) maternité.
Je pleure parfois, parce que je suis fatiguée. De devoir cacher, soigner, souffrir parfois pour en venir à bout.

Après de nombreuses recherches, j’ai pris les décisions adéquates. Celle d’arrêter tous les traitements. Parce que je n’ingérerai pas de produits qui seront néfastes pour mon corps.
J’ai appris que je pouvais juste apprendre à écouter mon corps.
J’ai appris qu’en dessous d’un certain poids, mes symptômes disparaissaient.
J’ai appris qu’en mangeant sainement, mon corps me remercierait, et c’est comme ça qu’on fonctionne aujourd’hui tous les deux.
Je n’ai pas besoin de balance pour me peser, mon corps tire la sonnette d’alarme.
Je vis sur la corde tendue, à 1 kilos près, mon corps vrille.
Aujourd’hui, mon corps tire la sonnette.
« Tu as pris 5 kilos en 2 mois ma grande, si tu continues, je te remets le compteur à 0, case départ »

Et si j’en parle aujourd’hui, c’est pour apporter mon soutien, ma compréhension, et mon amour à toutes les personnes qui souffrent en silence.
Ce sont les douleurs silencieuses qui sont les plus perfides.
C’est pour dire que je sais. C’est pour dire que je comprends. C’est pour dire que je suis là.

C’est pour en parler, aussi. Parce que « personne ne connait » et parce que je pense, sincèrement, que lorsque 10 à 20% des femmes sont touchées, on devrait en parler. On devrait le raconter.

Et peut être que demain, lorsque vous croiserez une personne ayant un visage plein d’acné, une pilosité frappante, un surpoids notable, vous ne vous direz pas la même chose que vous auriez pu vous dire avant d’avoir lu cet article.

Pour en savoir plus, allez par ici

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1 Comment

  • Laureen

    Ce genre de commentaire maladroit me met toujours en colère.
    Par chance, tu as rebondi. Tu es pleine de ressources. Mais je pense à toutes les autres. Je connais bien ce symptôme qui a touché une amie proche et qui, contre toute attente à eu un bébé spontanément après une première grossesse plus compliquée.
    Plein de bisous et bravo pour ce coup de gueule au ton si juste.
    Mais au fait, tu ne sais pas que tu es jolie ?

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