Goodmorning Vietnam

Ca fait approximativement 3 semaines qu’il m’a été impossible d’écrire. Par manque de temps, manque d’envie, et surtout parce que j’avais cette irrépressible sensation que raconter mon voyage dans le contexte actuel avait des airs de non sens. 
Aujourd’hui, je pense qu’il est temps de rattraper le temps perdu… La tâche ne sera pas facile si on prend en compte l’étendu des péripéties rencontrées.

  
Lorsque j’étais à Hanoï, il était temps pour Valérie, Ruth et moi même de nous séparer puisqu’elles disposaient d’un mois au Vietnam VS 2 semaines pour moi. (Malheureusement elles ne seront restées que 3 semaines, Valérie ayant dû se faire opérer en urgence à Hanoï… Je sais que tu me lis, et tu me manques !)

On avait retrouvé Zaheen, qui disposait de 15 jours aussi pour faire le même trajet que moi. On s’entendait vraiment bien, et l’évidence s’est imposée à nous : on voyagerait ensemble.

  
J’étais quand même relativement dubitative vu le fiasco qu’avait été ma tentative de voyager avec une autre personne. Mais j’avais cependant un bon feeling, et on avait mis les choses plus ou moins au clair : quand on veut, on se sépare. Mais on ne s’est jamais séparées, jusqu’à avant hier… 

Lorsqu’on était au Laos, juste avant de partir pour le Vietnam, Zaheen m’avait rapidement parlé d’un loop en moto, dans les montagnes du nord. Ce n’était absolument pas dans mon programme, mais lorsque j’ai entendu « nord », « montagne » et « moto », l’excitation ne me quittait plus ! Deux jours plus tard, on était là, dans ce bus de nuit version « bus disco » pendant 8h, en direction du nord (vers la frontière chinoise), excitées comme des puces. On a rencontré Matt, qui est resté avec nous une journée et avec qui nous avons partagé la nuit à l’hôtel. Il vivait à Hanoï depuis quelques mois et entamait un voyage en solitaire. Il nous a bien sauvé la mise puisqu’il connaissait quelques mots en vietnamien (le seul hic, c’est que le même mot peut avoir différentes significations selon l’intonation).
Parce que oui, autant dire qu’on sortait des sentiers battus et que donc, les touristes, ils connaissaient très peu. Et donc, l’Anglais, déjà que dans les grandes villes c’est pas ça, alors là… C’était le néant.
  
On est arrivés à 5h du matin, et on s’est retrouvés dans une maison à manger des choses bizarres (je n’ai rien avalé, je suis trop compliquée…) et puis on a trouvé de quoi louer des moto. C’était parti pour 8 heures de route, dans les zig zag des montagnes, avec ces routes étroites, rocailleuses, ces klaxons incessants, et ces paysages les plus époustouflants les uns que les autres. Cette sensation d’être « on top of the world » et à la fois de se sentir si petit face à l’immensité de ce qui nous entoure… On était libres. Et épuisés.

En résumé, ce fut deux jours très intenses puisque nous sommes arrivés à notre point de chûte à 19h, et sommes repartis avec Zaheen le lendemain matin à 7h pour arriver à la station de bus direction Hanoï à 18h30. Les souvenirs restent gravés dans ma mémoire, ces tribus rencontrées dans ces routes, leur sourire (ou pas), tous ces enfants qui saluent et crient « hellloooo » dès qu’ils nous voient, ces camions insupportables, ces routes en mauvais état, cette presque panne au milieu de nulle part, la chûte de Matt qui s’est ouvert le bras (et heureusement, j’avais ma trousse de secours !), Zaheen qui tombe approximativement 5 fois dans les virages car elle ralentit mais, oups, la bécane est trop lourde… Et puis ses deux chocs (un dans une voiture, l’autre dans un scooter) parce que ses freins sont pourris. On a ri, on a fait ce qu’on voulait, on a vu des choses incroyables et je me sentais vraiment bien !

  
Il y a eu ensuite la baie d’Halong, où on est restées dans le bateau pendant deux jours. On y a fait du kayak, on était un petit groupe de 12 (que des belges ne parlant pas Français) et 3 canadiens (parlant Français). On a fini notre soirée sur le « toit » du bateau à regarder le soleil se coucher puis les éclairs illuminer la baie, on a joué au carte, et on est partis s’endormir au rythme de la mer…

  
Le même jour de notre retour de la baie d’Halong, Zaheen et moi avons repris un bus de nuit en direction de Hue. Dans le centre du Vietnam. Après 12h de routes, on est finalement arrivées à 9h du matin. Après s’être retenues de pisser et manger pendant ce trajet puisque monsieur le conducteur n’a pas daigné s’arrêter une seule fois. On était lessivées, mais il fallait rejoindre notre hôtel.

  
On a décidé d’aller faire un tour dans la vieille citadelle, mais après quelques heures de marche, on était unanime : on rentre, et on ne bouge plus ! Alors on a mangé, picolé des fruits, on a fumé nos cigarettes en terrasse, et puis on a joué aux cartes. Avec Zaheen, on adorait jouer aux cartes. On jouait partout, tout le temps et ça me manque.

Le lendemain matin, après une bonne nuit de sommeil, on a pris des motos pour rejoindre Hoi An, cette petite ville absolument délicieuse, jaune, et habillée de lanternes. J’ai conduit 8 heures avec Zaheen derrière moi, sous la pluie. Et je dois avouer une chose, je suis une conquérante, une survivante. Et oui… Je vous explique pourquoi.
On s’est arrêtées visiter une espèce de rivière/fleuve/cours d’eau/truc sacré. (Devinez ce qu’on y a fait ? On a joué aux cartes !) bref… Pour y accéder, il a fallu emprunter quelques petits chemins à travers des villages. Sur le retour, voilà une ribambelle d’oies qui décident de traverser, en famille. Je les vois au loin, anticipe, ralentit pour qu’une fois arrivée à hauteur je puisse passer. Sauf que, j’ai eu le malheur de croiser le regard de ce que je pense, était le papa gourou. On s’est fixées, et j’ai dû oublié de lui sourire, je ne sais pas. Mais il ne quittait pas mon regard alors qu’on avançait tous les deux. Il voulait protéger sa famille, mais j’avais envie de lui dire « t’inquiète mon pote, priorité aux piétons », il n’a pas su lire dans mon regard. Il s’est juste jeté sur moi, à poussant des cris de guérilla. L’enfoiré a voulu me becter la gambette. J’ai donc laissé échapper un cri à moitié etouffé par les rires, j’ai fait appelle à ma plus grande souplesse pour lever ma jambe au dessus du guidon de la moto et… j’ai tracé comme un pilote de F1. Fou rire du siècle avec Zaheen, et scène mémorable. Je finis par croire que j’aime plus les animaux qu’eux ne m’apprécient…

  
On est enfin arrivées à Hoi An à 18h, j’ai dû clairement speeder sur nos derniers kilomètres puisque la nuit tombait et la moto n’avait aucune lumière. On avait réservé un séjour en « homestay » (séjour chez l’habitant) et nous n’avons pas été déçues ! Accueillies comme des membres de la famille, cette homestay s’apparentait plutôt à un petit hôtel collé à la maison familiale. Va savoir pourquoi, on nous adonné la meilleure chambre (sans doute notre gueule d’amour) et c’était juste parfait. Un peu de « luxe » dans une chambre privée avec super salle de bain et TV ne fait pas de mal, de temps en temps… 

  
Ces trois jours à Hoi An ont été fabuleux. Cette petite ville particulière est juste magique, et l’ambiance qui y règne a quelque chose d’apaisant. Ca change de l’effervescence d’Hanoï et de ses échoppes de rue bouillonnantes. Au programme, pas le choix de faire un tour chez les couturiers sur mesure, spécialité de la ville pour se faire concocter une superbe combinaison sessy (traduisez sexy, avec l’accent vietnamien), et une robe chemise avec quelques dentelles sur les manches. Un régal. On a aussi trouvé un restaurant végétarien rapidement devenu notre QG, on a revu un ami de Zaheen que j’avais croisé au Laos, et puis on a rencontré d’autres gens, bref ce fut un émerveillement continuel.

    
On se baladait à bicyclette jour et nuit pour accéder à la vieille ville, on sirotait nos bières (pour Zaheen) et nos jus de fruit de la passion (pour moi), on admirait l’architecture et on a même pu assister au festival des lanternes pour la pleine lune. A 21h, Hoi An s’endort…  
  
Vendredi matin, direction l’aéroport pour rejoindre Ho Chi Minh.. Il nous restait 3 jours au Vietnam (sachant que je dépassais délibérément mon visa d’un jour) et le trajet en bus aurait duré plus de 20 heures. Malgré ma phobie de l’avion, et après la prière de Zaheen (qui bizarrement, avait un effet peut être placebo sur moi, mais me rassurait), on était prêtes à décoller.
  
1 heure plus tard, nous voilà dans la capitale. La seule envie que nous avions était de nous coucher après s’être levées à 5h du matin. On s’est baladées en attendant le check in à l’hôtel et on a déjeuné avec un couple d’Américains qu’on avait rencontré à Hoi An et avec qui on a partagé le taxi arrivées à Ho Chi Minh. Il faut savoir que lorsqu’on voyage, on retrouve très souvent les même personnes, parfois dans un autre pays et quelques semaines plus tard… 

Anaïs devait arriver dans la soirée. J’avais hâte de la revoir, elle venait spécialement de Phnom Penh pour mon anniversaire (et refaire son visa, accessoirement). Ca faisait déjà un mois qu’on ne s’était pas vues, et j’étais vraiment heureuse qu’elle soit là pour ce jour spécial, et ce week end entier. Avec Zaheen, on mourrait de faim. A 22h, Anaïs a enfin montré le bout de son nez ! On est parties manger indien, on a toutes les 3 papoter de tout et de rien, et puis Zaheen est partie à son hôtel pendant qu’Anaïs et moi avons rejoint la notre.

On s’est assise sur notre balcon géant du dernier étage, avec une vue sur la petite ville, et on a refait le monde comme à notre habitude pendant quelques heures. On a organisé notre programme du week end et on était toute excitées à l’idée de ce qui nous attendait.
Le lendemain matin, on voulait retrouvé une habitude Parisienne, juste pour le geste. Alors on s’est levées tôt, on a arpenté les rues de Saigon, et on est allées savourer un Starbucks. Je crois que son sourire se redessinait clairement sur son visage, Phnom Penh n’était pas réellement l’endroit le plus agréable où vivre.. On continuait nos pérégrinations jusqu’à un restaurant côté de la capitale, végétarien et juste ce qu’il nous fallait. En dessert, ils ont vidé un oignon, on fait quelques trous dedans en guise de visage et y ont placé une petite bougie. « Happy Birthday ». J’étais vraiment contente.
  
Et puis, on devait retrouver Zaheen 30 minutes plus tard, pour visiter le musée de la guerre civile. A 100 mètres de notre destination, je regardais la carte sur mon téléphone quand un putain d’enculé est venu attraper mon bras en scooter, pour ensuite m’arracher mon téléphone. C’est allé vite. Trop vite. J’ai couru, couru tellement vite, en hurlant. En français, évidemment. Jusqu’à ce qu’il disparaisse dans le nuage de scooters. Il y a eu le choc, la stupeur, les jambes qui tremblent et les larmes abondantes. Il y avait un mélange de tout. Heureusement, Anaïs était là. Mais ce fut traumatisant. J’ai donc passé la moitié de mon après midi à perdre mon temps chez les flics.
 » De quelle couleur était le scooter ?  »

Are you kidding me ? Il y a plus de scooters que d’habitants à Saigon, le scooter était noir, et tu voudrais en plus de ça que je te décrive la gueule du putain de Vietnamien qui venait de m’agresser ? Il avait les yeux bridés, la peau matte, les cheveux noirs et les yeux noisettes. Est ce que ça t’aide ou tu as besoin de plus de détails ? Putain.

J’ai passé plusieurs jours à me rejouer la scène malgré moi et à pleurer dès que j’y pensais, je le revoyais, je repassais la scène en boucle, au ralenti, j’ai eu des nausées rien qu’à l’idée de penser qu’en réalité un individu avait accès à ma zone d’intimité. Les photos, mes photos, mes sourires, mes souvenirs, mes applications, mes messages, mes souvenirs. Mon intimité, ma vie privée, mon lien avec ma famille et mes amis. Je pense que les ressentis sont décuplés du fait d’être si loin de chez moi. Ca venait entacher mon voyage. Ca mettait à mal tous les efforts que j’avais fait pour me sentir bien pendant mon périple, j’avais l’impression que ça gâchait tout. Ca ne me laissait pas savourer tous les voeux d’anniversaire, ça ne me permettait pas d’entendre mon père ou ma mère me souhaiter mes 26 ans. En bref, il y a une multitude de ressentis contextualisés, et ça a mis du temps à s’estomper. Il y a eu quelque chose de traumatisant. Mais au fond, il faut toujours relativiser. Et puis, ça passe.

J’ai évidemment décider de festoyer avec Zaheen et Anaïs pour mon anniversaire, entre deux crises de larmes. Et puis, ce jeune homme de la réception avec son gâteau d’anniversaire pour me consoler m’avait mis du baume au coeur. Ce n’est pas un téléphone volé ni un mec sans humanité qui me volerait cette soirée aussi.
  
On a rejoint Zaheen et trois de ses copains au parc. Elle avait acheté un gâteau et des bougies. Ils ont chanté dans le parc, j’ai soufflé et… Un pigeon m’a gentiment chié sur le sommet du crâne. J’ai ri parce que c’était vraiment trop. J’ai vraiment ri. Zaheen m’a rassurée, il paraît que ça porte chance… On est allés boire, on a pris des funky balloons et on est rentrées. Le week end s’est achevé amèrement, puisque je quittais Zaheen, Anaïs, et la sensation de solitude sans lien avec mes amis et ma famille m’effrayait. 
J’ai bravé les aléas de l’immigration, j’ai couru pour rattraper le retard de l’avion, Zaheen a prié pour mes deux vols, et je suis arrivée vers minuit à Chiang Mai, en Thailande.
J’aime la Thaïlande. Et j’étais heureuse de quitter le Vietnam. A la fois, j’ai eu de merveilleux moments, en partie grâce à Zaheen. Mais d’un autre côté j’étais arrivée avec l’annonce des attentats à Paris et je repartais sur cette mauvaise note d’anniversaire.
Goodbye Vietnam … 

3 Comments

  • Mum

    Cela faisait longtemps ma cherie quel plaisir de te lire de nouveau. L épisode du Jar ét du pigeon m ont bien fait rire . Encore un joyeux anniversaire ma cherie profite bien . Nous sommes fières de toi big bisous

  • Philippe Gstader

    Passionnant récit. Magnfiques photos. J’adore !!!

  • Martine

    Coucou Camille
    Tu peux chercher un éditeur à ton retour!!!! Merci pour tes émotions et surtout ton humour qui nous font véritablement voyager …. Ton voyage est un vrai feuilleton et on attend la suite….
    Heureuse de vos retrouvailles avec Anais pour partager ce moment .
    Bon voyage au pays du sourire……bisous

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