Fluctuat Nec Mergitur

« Il est battu par les flots, mais ne sombre pas »

Il est battu.. Mais.. Il ne sombre.. Pas.

Il y a comme un air de déjà vu. Quelque chose de lourd, une colère qui ressurgit, une douleur qui résonne, assourdissante telle un tambour contre lequel on taperait un peu trop fort, un peu trop vite.

Et puis, il y a les larmes. Qui grimpent à une vitesse folle, qui grimpent si vite qu’elles me feraient presque vaciller. On y est, encore une fois.

Il y a comme un air de déjà vu… Déjà vécu…

J’ai pris le bus en direction d’Hanoï, tellement excitée à l’idée de découvrir un nouveau pays. Voyager t’ouvrent tellement d’horizons, de portes… Mais à quoi bon, quand d’autres se referment si brutalement.
J’étais dans ce bus durant 26 heures.
Il a fallu un tout petit peu plus d’une journée pour que tout parte en vrille, a l’autre bout du monde, chez moi. Dans mon pays. Dans ma ville, et dans mon coeur.
Ces putains de 26 heures ont changé l’existence, un peu plus que les 48 heures précédentes.

Pendant ces 26 interminables heures, j’ai été coupée du monde. Coupée de l’engrenage infernal, coupée de la haine, du sang et coupée de la mort. J’ai eu 26 heures de répit, l’ignorance fut un havre de paix comparé à la triste réalité qui est venue me heurter par la suite.

Le choc fut brutal. J’ai pris une décharge en plein coeur. Et j’ai mis beaucoup de temps à comprendre.

Lorsque l’icône du wifi s’est enfin affichée à l’écran, je me suis demandée pourquoi j’avais autant de messages privés, WhatsApp et autres « applications-appel-a-la-réalité- » . Mon ignorance ne m’épargnera guère plus longtemps.

Pourquoi ces personnes rencontrées sur mon chemin durant mon voyage me demandaient elles comment allaient ma famille, mes amis ?
J’ai pris une chaise.

Pourquoi tous ces smileys qui pleurent ?
Je sens encore mon poul s’accélérer et les battements de mon coeur s’intensifier.

Pourquoi sur mon mur d’actualité je n’arrivais pas à saisir les faits, pourquoi j’avais l’impression d’avoir un puzzle géant en face de moi, pourquoi ma petite sœur avait-elle écrit qu’elle était au stade de France avec mon neveu de 8 ans ?

Pourquoi, bordel ?

J’avais donc passé 26 heures à des milliers de kilomètres de chez moi, à savourer les joies de voyager, pendant que de pauvres innocents se faisaient massacrer au nom d’une vaste mascarade.

Mon coeur s’est serré, très fort. Et puis j’ai pleuré. J’ai pleuré parce que j’avais vraiment mal, parce que j’avais passé tant d’heures sans boire ni manger pour éviter d’avoir à pisser, tant d’heures à réfléchir à tout, à rien, parce que j’avais débarqué, oppressée, dans une ville à mille à l’heure, parce que j’étais la, à rire, et à être malgré moi dans l’indifférence la plus totale, pendant qu’ailleurs, dans ma maison, le sang coulait.

Il m’a fallu quelques heures pour reconstituer le puzzle, à chaque pièce assemblée, ma colère et ma douleur s’embrasaient. On est toujours pressés de finir un puzzle pour découvrir l’image finale. Mon puzzle à moi me terrifiaient et j’angoissais à l’idée même de le finir : je savais que le tableau, in fine, serait indélébile. Je savais que cette fois ci je ne pourrais pas dire « on casse tout, et on recommence ».

Ici, les saveurs ne sont plus les mêmes. Tout est devenu amer, et l’idée même de voyager me semble terriblement lointain. Mon corps est ici, mais mon coeur est la bas, avec vous. Pour de bon.

Alors non, je ne changerai pas ma photo Facebook tout simplement parce que la France n’est pas la seule à saigner. Je pense particulièrement à Beyruth, par exemple…

Non, je ne finirai jamais par voter Marine sous prétexte qu’elle nous protégera de l’islam. La seule protection dont nous ayons besoin est celle qui vise les fous, les assassins, les décérébrés. La religion n’est pas le problème, ce qu’ils en font le devient.

Et oui, je prierai. Parce que ce n’est en aucun cas la religion qui nous a mené à ce dramatique désastre, c’est uniquement la méconnaissance, l’idéologie extrême et erronée ainsi que la folie.

Et puis, on était à l’ambassade. Il y a eu des bougies, des fleurs et puis une Marseillaise.

Il y a ce trop plein dans mon coeur, il y a cette envie d’y croire et de garder de l’espoir. Pour quoi ? Pour qui ? Il y a la peur, forcément, mais il y a la rage, surtout.
Il y a ces images qui défilent, et ces pensées envers toutes les victimes.

Il Ya comme un air de déjà vu, déjà vécu…
Mon corps est ici, mais mon coeur est la bas, avec vous. Pour de bon.

1 Comment

  • Papa

    Ma chérie continue ton voyage tu verras comme tu seras fière d’être française
    Et moi je suis fier de tes paroles je t’aime

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