Du Cambodge au Laos, il n’y a qu’un pas… Ou presque.

Mercredi matin, ce fut le grand départ. Depuis, tout va tellement vite…

Nous avons quitté l’île de Koh Rong avec Dannae tôt le matin, pour rejoindre Sihanoukville. 1h30 de trajet plus tard, prêtes à prendre un bus en direction de Phnom Penh pour y passer la nuit. Le but étant de rejoindre le Laos dès le lendemain.

7h de bus (350 km, très important), une climatisation approximative et une incapacité totale à dormir. Pour deux raisons que j’exposerai ici très simplement. 

 
La première : ils adorent klaxonner. Le Klaxon d’un bus n’est pas le plus agréable.. Ils klaxonnent pour prévenir chaque personne croisée (piétons ou motorisées) de dégager fissa de la route car ATTENTION LE BUS ARRIVE ! Mais… C’est plutôt un Klaxon genre c’est le nouvel an mais toutes les 5 minutes. Alors, sachez une chose, si par bonheur vous réussissez à vous endormir dans le bus, vous serez réveillé en sursaut la minute d’après.

La deuxième, un peu plus profonde. J’ai appris que le bus était le pire moment d’un voyage tout simplement car vous regardez un paysage défilé, que vous ne pouvez pas dormir (cf le point ci-dessus) et que… Putain vous êtes seul face à vous même sans avoir rien à faire à part COGITER. C’est douloureux, car plus vous vous direz « non, je ne veux pas y penser », plus vous y penserez.. Et pas « juste comme ça », mais dans les moindres détails… 

L’hémisphère droit de mon cerveau se bat avec le gauche genre « non, ferme là! » « Mais si, vas y ! penses y ! Tu souffriras mieux (moins?!) » …

  
Je déteste les voyages en bus, car je sais pertinemment ce qui m’attend, même quand je dois me concentrer sur la route parce que je suis littéralement MALADE.

On est arrivées à Phnom Penh vers 19h et je sentais déjà que je ne supporterais pas Dannae encore longtemps. Je veux dire… Elle était adorable, mais franchement épuisante. Plus ça allait, et plus je ressentais que nous n’avions pas la même façon de voyager (même si je m’appelle moi même la « Baby traveller » et qu’elle, a plus d’un an de voyage solo à son actif).

Elle est du genre à parler tout le temps, à rigoler très fort, beaucoup, pour rien. Elle est mon contraire. J’ai besoin de calme, je ressens de plus en plus le besoin d’être seule, souvent, ironiquement… Elle voyage sans guide, sans se soucier d’où elle sera demain (et loupe beaucoup de choses à voir par la même occasion…)

Je savais, et l’ai informée, que le bus pour le Laos était à 6h30 du matin le lendemain, et qu’il faudrait se dépêcher de booker une fois arrivées, car les agences fermeraient. Une fois arrivées, Phnom Penh m’angoissait à nouveau plus que jamais, et elle négociait déjà pour un tuk tuk… Elle ne voulait pas payer 2$… Ce à quoi je lui ai répondu que c’était ridicule, nous sommes là parce que nous en avons les moyens, eux ils n’ont rien… Rien n’y changea. Mais nous avons dû payer 2$. Quand il a été question de réserver le bus pour le lendemain matin, on nous annonçait un prix de 27$, elle voulait 26$, mais impossible de négocier. J’étais choquée, littéralement. Pour 1$… Et je n’ai pas eu la présence d’esprit de dire « fuck, je me tire moi »… Je suis restée là à penser qu’elle trouverait quelque chose. Résultat, je suis partie sans elle à la recherche d’agences, à faire le tour de Phnom Penh en tuk tuk en pleine nuit, pour rien. C’était trop tard pour partir le lendemain… Il nous faudrait donc dépenser 6$ de plus pour la nuit, économies au cul, et quand je lui ai fait part de mes pensées, elle relativisait puisqu’elle ne connaissait pas Phnom Penh. Moi si, beaucoup trop. Et voilà que malgré mon voyage en solitaire, je m’emmerdais à être dépendante de quelqu’un, que je ne connaissais pas de surcroit. C’est donc le jour d’après, que nous avons pu partir pour… 27$, TADAM.
  
9h de bus, non pardon, comptez le retard : 12 heures plus tard, nous étions à la frontière… Je résumerai l’expérience par corruption, abus de pouvoir, intimidation et « BORDEL DE MERDE APPELEZ LA POLICE ! », ha non, vous êtes la police, vous qui nous soutirez de l’argent sans aucune raison et nous mettez la pression si on refuse ou pire, si on ose vous demander pourquoi… J’ai donc participé à cette infamie, mais sans beaucoup de choix si je voulais rejoindre le Laos…

Plus le temps passait, plus j’avais hâte de retrouver Ruth et Valérie sur l’île de Don Det et me séparer de Dannae… C’était trop pour moi.

Une fois arrivées (enfin!) épuisées (surtout!), on nous pousse dans un hôtel louant des bungalow, glauques, miteux, avec des moustiquaires minnies & donald, pour 4$ la nuit, pout deux. Pas un bruit à part les moustiques se faisant bouffer par des Guecko, pas de wifi, pas de lumière, rien… Dannae voulait rester, pas moi. Et je n’ai rien dit, au début… Jusqu’à un « STOP ! je me casse, reste là si ça te plaît, moi ça m’angoisse » et elle m’a suivie en voulant s’assurer que je ne partais pas « juste » parce qu’il n’y avait pas de wifi. Non, et quand bien même, je ne te dois rien…

Nous voilà à la recherche d’un logement, sur un île mignonne, sans beaucoup de choses. On a trouvé, juste après avoir croisé Ruth et Valérie. Bonheur, mon visage s’illuminait… En verité, cela devait faire quelques jours (depuis que j’étais avec Dannae) que j’étais éteinte.

J’ai donc décidé, puisqu’elles me l’ont proposé, de partir en journée Kayak le lendemain avec elles. Elles partaient le lendemain (aujourd’hui) pour Pakse et m’ont proposé le venir, j’y ai vu ma libération, et je savourais ma joie d’être avec elles à nouveau. Dannae ne voulait pas venir faire du Kayak…

Ce soir là, les tensions avec Dannae semblaient palpables mais après tout, j’étais libre et je n’avais pas à l’attendre juste parce qu’elle avait sa douche à prendre. Avant de nous coucher, je lui ai donc expliqué le plan, que je partais le lendemain matin faire du Kayak, que donc j’allais sans doute mettre mes affaires dans la chambre des filles et qu’elle pourrait venir louer un bungalow là où sont les filles (puisque ce serait trop tôt à l’heure où j’irai) et que je lui indiquerai l’endroit par Whatsapp. Les filles devaient nous dire si l’endroit était assez bien…
 

 
Après une journée de 8h avec Kayak, waterfall, déjeuner dans un village local et des coups de soleil évités, nous sommes rentrées et j’ai reçu les messages de Dannae: elle n’avait rien compris, et était furieuse de ne pas lui avoir indiqué quel bungalow j’avais réservé… Je lui avais indiqué l’endroit, mais c’est elle qui aurait dû réserver et elle ne l’a pas fait… Problème de compréhension linguistique. 

Elle ne m’a rejoint que 2h plus tard, et je lui annonçais que je partais pour Pakse le lendemain, j’ai reçu la soufflante chilienne en pleine tronche. Ma tête était genre choquée, et déballer en Anglais ma colère était impossible donc frustrant. Selon elle, je manquais d’empathie, elle m’avait attendue toute la journée (ce à quoi je lui ai répondu qu’elle voyage seule, qu’on est pas copines et surtout, qu’elle savait que je ne serai pas là de la journée donc sans wifi, donc elle ne peut s’en vouloir qu’à elle), et que je ne pensais pas du tout à elle. Non ma grande, j’ai passé 25 ans à penser aux autres et je me retrouve maintenant au bout du monde pour retrouver juste un temps soi peu d’estime personnelle, donc si tu crois que je vais faire en fonction de toi, tu t’es trompée de cible…

Je suis partie dîner, j’ai savouré le coucher du soleil et à 21h, j’étais au lit…

Un lit, pas vraiment. Il s’agissait d’un bungalow sous tôle (imaginez la chaleur) doté d’un ventilateur défectueux, d’un socle en bois en guise de matelas et une moustiquaire qui ne laissait pas passer l’air. J’ai transpiré comme jamais, genre dégoulinante, et mon dos me faisait atrocement mal… Une heure plus tard, j’ai décidé de la jouer McGyver, à dormir sur un hamac en bord de Mékong. Ma lubie a duré approximativement 3 minutes, le temps que je réalise que j’étais infestée d’insectes qui me regardaient avec de gros yeux et des pinces au niveau de la bouche. Promis, je n’ai pas crié… 

Dannae est rentrée à 1h du matin, me réveillant, et me racontant sa soirée, folle d’entrain, rigolant à pleine dents, heureuse d’être là et me demandant si tout allait bien car j’avais l’air de faire une tête bizarre. Oui, effectivement, tu t’es trompée de « partner » comme tu aimais m’appeler…

  
Ce matin, je me suis allongée dans le restaurant avec les filles devant Friends, Dannae était là avec ses nouveaux copains, puis on s’est dit au revoir avec un signe de la main, et je ne me suis pas retournée. J’étais juste soulagée mais tellement angoissée à l’idée de prendre à nouveau le bus, et être face à mes pensées les plus sombres…

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